Déclaration de Montréal

Le futur se trouve d’ores et déjà en nous;
et il nous appartient…

Déclaration de Montréal rédigée lors de la conférence internationale « À nous les quartiers »
du 12-13-14 avril 2019

Le déclin et l’essor des quartiers et de la collectivité

Pourquoi notre société s’est-elle transformée en une situation de quartiers fragilisés ? Comment se fait-il que tant de quartiers aient perdu leur sens de la communauté ? Et pourquoi tant de gens ont-ils perdu leur sentiment d’être des citoyennes et citoyens, c’est-à-dire de se préoccuper de ce qui se passe à l’extérieur de leur porte d’entrée?

Pour y répondre, nous devons nous pencher sur la montée de l’urbanisation rampante des États nations, fortement centralisés, basés sur des économies fondées sur le profit, la cupidité, la consommation et la croissance au nom du matérialisme et du capitalisme.

Au-delà de cette échelle, nous voyons l’ombre projetée par les 400 grandes sociétés transnationales qui dominent l’économie mondiale. Il en résulte que pratiquement tous les éléments de la vie quotidienne et sociale sont devenus des marchandises.

À cette tendance puissante s’oppose la force des besoins sociaux naturels de tout être humain: le besoin d’interactions, d’avoir un bon voisinage et d’être en communauté. Peu de gens souhaitent réellement vivre seuls. La plupart d’entre nous apprécient de vivre, d’être, de travailler, d’aimer, de discuter et de créer avec et pour les autres. Ces qualités représentent les racines de la communauté, basées sur les lieux populaires que sont les quartiers.

Et c’est d’ici qu’émane la démocratie. Communauté et démocratie sont des entités indissociables. La communauté ne peut être séparée de son quartier et celle-ci à son tour doit se voir concrètement matérialisée sur le territoire, par le logement social, l’entraide et la solidarité.

C’est à cela que nous reconnaissons la base de la démocratie. Chaque quartier, chaque communauté se doit d’avoir une authentique expression populaire démocratique, tel qu’une assemblée de citoyennes et citoyens. La constitution d’assemblées citoyennes dans différentes parties de nos villes permettrait en effet le développement d’une véritable culture politique et sociale de prise de décisions citoyennes.

Le territoire et le logement sont les deux piliers les plus importants de toute société – et un besoin humain fondamental. Ces deux piliers ont effectivement longtemps servi de moteur économique principal, ainsi que de sources de sécurité et de stabilité majeures pour la plupart des citoyennes et citoyens.

Toutefois, un héritage historique d’éviction et d’exclusion (fermement enraciné dans l’idéologie d’un capitalisme avancé et poussé par l’industrie immobilière et des politiques publiques discriminatoires) restreint l’accès de ces territoires et de ces logements, et ce, par le contrôle de la propriété privée, tout particulièrement pour les personnes à faible revenu et les personnes sujettes à discrimination.

Cette situation a créé des contextes très volatils et instables dans nos villes et ce n’est pas par accident. Les excès de l’appropriation privée du logement et du territoire, de la spéculation foncière et de la recherche de profits incontrôlée de la part de promoteurs immobiliers corporatifs ont créé un capitalisme de marché qui alimente la cupidité, la spéculation et la corruption.

Les administrations municipales, affaiblies par leur dépendance à l’égard des impôts fonciers, alimentent ce cycle apparemment perpétuel. Le résultat est une concentration croissante de la richesse et de la propriété privée, entraînant la discrimination raciale et l’exploitation accrue des personnes les plus démunies.

Devant ces menaces, nous devons répondre au besoin urgent de développement communautaire et économique, en se basant sur des politiques sociales liées au territoire et au logement, qui aideront à créer des économies plus inclusives, participatives et écologiques.

La conférence internationale À nous les quartiers a présenté un aperçu des stratégies et des outils qui, regroupés, représentent une approche innovatrice et potentiellement nouvelle : celle de la propriété communautaire du territoire; une approche qui établit dans un axe du logement social focalisée sur les modèles du logement coopératif et de l’organisation à but non-lucratif (OBNL) et qui est fondée sur l’appropriation locale des actifs de quartiers.

L’extension d’une telle troisième forme de propriété d’économie sociale, elle-même basée sur une perspective de construction économique démocratique, constituerait une avenue des plus prometteuses pour la reconstruction de nos communautés. Ainsi, une telle économie solidaire inclurait des principes de coopération, d’équité, d’égalité, de démocratie et d’application des droits de la personne.

Un pas en avant supplémentaire dans ce cheminement vers une société démocratique et écologique serait de réintroduire la proposition politique de municipalisation de tous les territoires urbains, comme cela a été autrefois préconisé par plus de deux partis politiques municipaux montréalais, soit le Front d’action politique (FRAP) et le Rassemblement des citoyens de Montréal (RCM), et même dans le passé le Parti Québécois (PQ).

La fondation d’une société démocratique et égalitaire requiert des communautés basées sur des relations sociales réinventées, entre personnes âgées et jeunes, femmes et hommes, divers groupes ethniques distincts, mais aussi et surtout, sur la définition d’un équilibre entre ville et nature.

Le futur se trouve d’ores et déjà en nous; et il nous appartient.

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